L'explosion de l'art contestataire après Mao

 

Un artiste contestataire est, par définition, un artiste qui utilise ses talents, que ce soient la photographie, la sculpture ou encore le cinéma pour critiquer le pouvoir. Comme vu précédemment, ils existaient déjà sous la présidence de Mao, quoique minoritaires à cause d'une politique extrêmement répressive. Après la mort de Mao, l'art chinois explose et se diversifie: les œuvres à la gloire de Mao ne sont plus les seules en vigueur, et de nombreuses expositions apparaissent, comme la célèbre exposition d'art avant-gardiste qui fut présentée au Palais des Beaux-Arts à Pékin, au début de l'année 1989. C'est la première fois, depuis l'avènement du Parti Communiste à la présidence de la Chine en 1949 que l'on assiste à une exposition de cette ampleur, qui permet une liberté artistique telle.

Mais au printemps 1989, d'immenses manifestations étudiantes sur la place Tian An Men en faveur de la liberté d'expression dégénèrent, et le 4 juin, le Parti met fin aux manifestations par la force, en utilisant des chars d'assaut, et des soldats armés ayant pour ordre d'ouvrir le feu sur les étudiants. De nombreux morts et blessés sont à déplorer. Après ce tragique événement, l'Etat ne tolère désormais plus les artistes avant-gardistes qu'ils censurent systématiquement. Il demande aux autres de valoriser l'image culturelle de la Chine et l'action du gouvenement à travers leurs oeuvres.

Néanmoins, cette brève explosion de l'art a favorisé la contestation artistique, qui atteint des sommets après le massacre de Tian An Men : de nombreux groupes contestataires se créent, et un nombre important de Chinois, choqués par cet événement, décident d'exprimer leur indignation et leur haine envers le Parti en utilisant des moyens artistiques. Ces moyens sont divers et variés : poésie, chanson, peinture, photographie, collages, installations, performances artistiques... 

On peut par exemple citer le chanteur et guitariste Cui Jian, l'un des pères du Rock en Chine, dont la chanson "Nothing To My Name" est devenue un véritable hymne à la liberté : l'artiste était présent sur la place Tian An Men lors des révoltes étudiantes de 1989, et fit un concert resté célèbre, durant lequel il entonnait cette chanson. Véritable fresque musicale où les solos de guitare électrique sont entrecoupés par les rugissements du chanteur, elle allie instruments de musique traditionnels chinois et instruments modernes. Les paroles de cette chansons peuvent être interprétées de plusieurs manières : on peut l'écouter soit comme une chanson d'amour, où l'artiste chante la tristesse d'un jeune homme, enchaînant déceptions sur déceptions amoureuses, mais on peut aussi voir dans les paroles un réel plaidoyer pour la liberté d'expression, où la femme interpellée dans la chanson représenterait la Chine.

Après les événements du 4 juin 1989, le gouvernement interdit à Cui Jian de chanter cette chanson en concert. Il ne pourra la rejouer qu'en 2005, soit seize ans plus tard.

                       

 

© LIU Cécile, XU Laetitia, CHEN Davy, BERTHAULT Simon.

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